Je parle rarement des mes lectures sur ce blog. Pourtant, j'avais prévu une catégorie...
Je connais Joris-Karl Huysmans (né à Paris le 5 février 1848) grâce à Claire et j'avoue ne pas le regretter. La première publication de cette oeuvre catholique, « Les Foules de Lourdes », date de 1906. Huysmans décède le 12 mai 1907.
Ce livre raconte principalement, sous le prisme de Huysmans, la ville de Lourdes lors des pèlerinages (les processions, la clinique, les bains...). L'auteur rappelle au début de cet ouvrage l'origine des "miracles" et l'histoire de Bernadette. Un chapitre de cet écrit peint quelques "succursales" où des miracles jaillissent...
Les descriptions des bâtiments religieux, ou autres lieux, permettent au lecteur d'être au sein de l'endroit peint par la plume de l'auteur. Le lecteur plonge dans l'atmosphère des pèlerinages et de la clinique de Lourdes au début du XXe siècle : les bruits, les prières, les odeurs...
Comment ne pas être envouté par ce style, cette beauté littéraire ? Seul le sommeil peut interrompre la lecture de cet ouvrage...
Je ne dévoile pas tout... et je vous laisse plonger dans ces irrésistibles lignes...
Voici, pour clore ce billet, quelques extraits qui m'ont fait frémir... Magnifique...
« On se met à quatre pour déshabiller un malade dont le dos n’est qu’une plaie ; une odeur horrible de pus et de cadavre vous saisit à la gorge ; l’homme, cassé en deux, gémit et la bouche bée, les dents au clair. On lui attache, par pudeur, un pagne sur le ventre ; on lui passe une sangle sous les reins et, le plus adroitement qu’ils peuvent, les quatre baigneurs le glissent dans la piscine. Au contact de l’eau glacée, toute la peau lui court en onde sur le corps ; il suffoque, la tête à la renverse sur les épaules ; on le retire et, sans l’essuyer, on lui remet ses vêtements et on l’emporte. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre III.
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« Ce que l’on a tenté, pour entraver la marche de cet ulcère, est incroyable ; on a saccagé la mâchoire de la malheureuse, en lui arrachant les dents ; on l’a cautérisée sans mesure et le lupus n’en a pas moins continué de la dévorer vive et de répandre une odeur si nauséabonde que personne n’osait plus la panser. La figure était devenue quelque chose d’effrayant. Le nez et la bouche confondus s’ouvraient en un rouge cratère d’où coulaient des filets de lave couleur de souffre ; les joues étaient percées de deux trous de l’épaisseur d’un petit doigt et qu’il fallait boucher avec des tampons de ouate lorsque la pauvre femme s’apprêtait à manger ou à boire, de peur que les aliments et la boisson ne sortissent par ces ouvertures. Sa situation était devenue si atroce qu’elle avait résolu de se jeter dans la rivière. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre V.
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« Le pronostique était, d’ailleurs, juste ; l’état de Gargam empira ; l’on s’aperçut, un jour, que ses pieds étaient noirs ; on crut qu’ils étaient sales, mais dès qu’on toucha la peau des doigts pour les nettoyer, elle éclata et le pus jaillit. C’était la gangrène, en plus. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre XIII.

SCHLESSER (Gilles), Le cabaret "rive gauche" - De la Rose rouge au Bateau ivre (1946-1974), Paris : L'Archipel, 2006, 678 p.