anonymous4

C'est si palpitant...

Jeudi 1er mars 2012 à 20:28

 Je parle rarement des mes lectures sur ce blog. Pourtant, j'avais prévu une catégorie...

Je connais Joris-Karl Huysmans (né à Paris le 5 février 1848) grâce à Claire et j'avoue ne pas le regretter. La première publication de cette oeuvre catholique, « Les Foules de Lourdes », date de 1906. Huysmans décède le 12 mai 1907.

Ce livre raconte principalement, sous le prisme de Huysmans, la ville de Lourdes lors des pèlerinages (les processions, la clinique, les bains...). L'auteur rappelle au début de cet ouvrage l'origine des "miracles" et l'histoire de Bernadette. Un chapitre de cet écrit peint quelques "succursales" où des miracles jaillissent...

Les descriptions des bâtiments religieux, ou autres lieux, permettent au lecteur d'être au sein de l'endroit peint par la plume de l'auteur. Le lecteur plonge dans l'atmosphère des pèlerinages et de la clinique de Lourdes au début du XXe siècle : les bruits, les prières, les odeurs...

Comment ne pas être envouté par ce style, cette beauté littéraire ? Seul le sommeil peut interrompre la lecture de cet ouvrage...

Je ne dévoile pas tout... et je vous laisse plonger dans ces irrésistibles lignes...

Voici, pour clore ce billet, quelques extraits qui m'ont fait frémir... Magnifique...

« On se met à quatre pour déshabiller un malade dont le dos n’est qu’une plaie ; une odeur horrible de pus et de cadavre vous saisit à la gorge ; l’homme, cassé en deux, gémit et la bouche bée, les dents au clair. On lui attache, par pudeur, un pagne sur le ventre ; on lui passe une sangle sous les reins et, le plus adroitement qu’ils peuvent, les quatre baigneurs le glissent dans la piscine. Au contact de l’eau glacée, toute la peau lui court en onde sur le corps ; il suffoque, la tête à la renverse sur les épaules ; on le retire et, sans l’essuyer, on lui remet ses vêtements et on l’emporte. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre III. 

…/…

« Ce que l’on a tenté, pour entraver la marche de cet ulcère, est incroyable ; on a saccagé la mâchoire de la malheureuse, en lui arrachant les dents ; on l’a cautérisée sans mesure et le lupus n’en a pas moins continué de la dévorer vive et de répandre une odeur si nauséabonde que personne n’osait plus la panser. La figure était devenue quelque chose d’effrayant. Le nez et la bouche confondus s’ouvraient en un rouge cratère d’où coulaient des filets de lave couleur de souffre ; les joues étaient percées de deux trous de l’épaisseur d’un petit doigt et qu’il fallait boucher avec des tampons de ouate lorsque la pauvre femme s’apprêtait à manger ou à boire, de peur que les aliments et la boisson ne sortissent par ces ouvertures. Sa situation était devenue si atroce qu’elle avait résolu de se jeter dans la rivière. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre V. 

…/…

« Le pronostique était, d’ailleurs, juste ; l’état de Gargam empira ; l’on s’aperçut, un jour, que ses pieds étaient noirs ; on crut qu’ils étaient sales, mais dès qu’on toucha la peau des doigts pour les nettoyer, elle éclata et le pus jaillit. C’était la gangrène, en plus. » Joris-Karl Huysmans, « Les Foules de Lourdes », chapitre XIII.



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Mercredi 20 juillet 2011 à 13:55

http://anonymous4.cowblog.fr/images/9782841878499.jpgSCHLESSER (Gilles), Le cabaret "rive gauche" - De la Rose rouge au Bateau ivre (1946-1974), Paris : L'Archipel, 2006, 678 p.

Prix éditeur : 24,95 euros

Quatrième de couverture :

"Ils avaient pour enseigne l'Ecluse, La Fontaine des quatre saisons, L'Echelle de Jacob, La Colombe, Milord l'Arsouille, Le Port du salut, Le Cheval d'or... Sur leurs scènes minuscules se sont révélés des dizaines d'artistes, dont Juliette Gréco, Ferré, Gainsbourg, Brel, Brassens, Béart, Barbara, Ferrat, Devos, le mime Marceau...

Une vingtaine d'années durant, de Saint-Germain-des-Prés à la Contrescape, les cabarets ont fait de la rive gauche de Paris un formidable creuset culturel. Puis la petite flamme s'est éteinte, soufflée par la télévision, le [yé-yé], Mai 68, l'industrie du disque... et la vogue du café théâtre.

Gilles Schlesser raconte cette époque cruciale de l'histoire de la chanson française. Dans cet ouvrage, il restitue le témoignage de chanteurs, de patrons de cabarets, de spectateurs de l'époque. En abécédaire des lieux et des artistes.

Né à Paris en 1944, Gilles Schlesser est le fils d'André Schlesser, l'un des quatre fondateurs de l'Ecluse, cabaret du quai des Grands-Augustins qui, de 1952 à 1974, fut l'un des hauts lieux de la rive gauche. Il a connu la vie noctambule de Saint-Germain-des-Prés et en a côtoyé les grandes figures, dont Barbara qui écrivit pour lui Le bel âge."

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J'achète parfois mes livres sur la musique dans une librairie musicale située près de l'Opéra de Lyon, Musicalame (rue Pizay, dans le premier arrondissement), et ce volume de ma bibliothèque (peu fournie par rapport à ma discothèque) fut acquis dans cette boutique que je recommande vivement. Pour choisir un bouquin, je consulte systématiquement la quatrième de couverture, à moins qu'il me soit conseillé par une personne... La photo de Barbara prise sur l'estrade de l'Ecluse avait attiré mon attention...

Cet ouvrage met en évidence des points qui m'intéressent pour mon objet d'étude (certains connaissent...). Le disque microsillon apparait au courant des années cinquante en France. Parmi ses premiers rôles, on compte la réédition sur ce "nouveau support" (moins lourd et permettant une durée d'audition supérieure à celle du disque soixante-dix-huit tours ; ce format régnait en France à cette époque et il faut savoir qu'il a existé d'autres types d'enregistrements comme le disque à saphir, développé par la firme Pathé (avec d'illustres gravures de l'amie de Freud, Yvette Guilbert, ou des noms peut être oubliés de nos jours comme Charlus...)) d'enregistrements anciens. Le disque permettait aussi aux artistes "rive gauche" d'enregistrer une partie de leur répertoire non-chanté sur scène. Nous pourrions dire que le disque avait, dans les années cinquante, une fonction mémorielle : conserver une trace de l'histoire de la chanson.

Comment pouvait-on enregistrer à cette époque ? Mis à part des cas ignorés de ma modeste culture sur la question, un artiste était repéré par des directeurs artistiques de "boîtes de disques" sur les planches des cabarets... Des Jacques Brel ou Georges Brassens ont fait leurs preuves ainsi avant de connaître le succès connu de tous.

Jusqu'à la fin des années cinquante, mis à part les chansons pour enfants (comptines, etc.), il n'existe pas de chansons pour les adolescents : ils écoutent la musique de leurs aînés (pour citer un exemple... Ma grand-mère écoutait dans sa jeunesse des chanteurs aimés de sa tante et diffusés sur Radio-Cité, puis Radio-Luxembourg après guerre. Elle adorait le "chanteur de charme" Reda Caire et était allée avec mamie à un concert donné à Belleville-sur-Saône...).

Les années 1955/ 1956 n'annoncent-elle pas un début de changement ? La station de radio périphérique Europe n°1 naît le 7 janvier 1955 puis fera concurrence à Radio-Luxembourg (la première sera par la suite "radio des jeunes", et le seconde celle des aînés).En 1956, le directeur artistique de la maison de disques Pathé-Marconi permet l'enregistrement d'un quarante-cinq tours à une jeune fille surnommée "la collégienne de la chanson" : Marie-Josée Neuville (Pathé, réf. 45 EG 174). Précurseur d'un phénomène d'usage au cours des années soixante avec les "yé-yés", il invente l'artiste au succès éphémère... lancé(e) par les ondes radiophoniques ! L'artiste devient produit synonyme de rentable ; il est "bombardé" en boucle dans la programmation musicale des stations de radio et lorsque la passion s'essouffle, il disparait aussitôt...

Quels étaient les sujets développés par Marie-Josée Neuville sur cet enregistrement ? J'aime bien l'expression "bibliothèque rose"... Elle chantait la jeunesse de l'époque et à mon sens, elle préfigure une Sheila ou autre "yé-yé" qui chante l'amour, les vacances et surprises-parties...

Le rôle du disque change progressivement ; il devient une arme pour une diffusion de masse, un produit de consommation. Les artistes ne seront plus dénichés dans les cabarets, mais lors d'auditions... L'enregistrement d'un disque ne passe plus par "l'étape cabaret". Faut-il du talent ? Pourrions-nous penser à un bon potentiel marketing ? Je vous laisse deviner ma réponse...

Je reviendrais au livre de Gilles Schlesser pour terminer cet article. Je lui tire mon chapeau ; il nous documente avec précision sur l'esprit rive gauche et met en parallèle les raisons de sa progressive disparition. Il m'a permis de découvrir des artistes que j'ignorais et de comprendre cette partie de l'histoire de la chanson. Je le recommande vivement...

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